Lorsqu’on évoque un huis-clos qui se passe dans un train et dans lequel des personnes vont mourir, le premier nom qui vient à l’esprit est bien évidemment « Le Crime de l’Orient-Express » d’Agatha Christie.

Pourtant, c’est dans ce même contexte que se déroule « Paris-Briançon », le dernier roman de Philippe BESSON. Mais la comparaison s’arrête là.

En 2021, la ligne Paris-Briançon est une des dernières de trains de nuit encore exploitées par la SNCF. Elles ont petit à petit disparu au profit de la vitesse des TGV ou des avions. Mais en ce vendredi soir, ils sont encore nombreux à rejoindre la Gare d’Austerlitz pour monter à bord du train-couchettes de 20h52 et se réveiller le lendemain matin près de la frontière italienne après 11h30 de trajet.

              Confort, prix, peur de l’avion, prendre le temps ou encore simplement l’envie de vivre cette expérience ; chacune et chacun a ses raisons de prendre l’Intercités n°5789 au vingt-et-unième siècle pour traverser l’Hexagone.

               Rien ne relie la dizaine de passagers qui se retrouvent dans cette voiture de deuxième classe composée de dix compartiments de six couchettes.

               Un groupe d’étudiants partant en week-end, un médecin qui retourne dans la maison familiale, un sportif venu passé des examens médicaux dans la capitale et qui a raté son TGV, un couple de retraités partant pour la montagne, un délégué commercial qui rentre chez lui après une formation ou encore une mère seule avec ses deux enfants rendant visite à ses parents à Serre Chevalier.

               Tant de profils différents qui vont devoir se côtoyer durant ces nombreuses heures. Si les premières minutes sont un peu intimidantes dans cet endroit exigu, rapidement les langues se délient, les conversations commencent et les passagers font connaissance.

L’ambiance est bonne mais ils ne savent pas encore que leur destin commun est désormais scellé. Certains d’entre eux n’arriveront pas à destination.

On n’échappe pas à son Destin.

               Au fur et à mesure des pages, Philippe BESSON, en observateur aiguisé, décrit avec finesse les différents protagonistes de cette histoire. Leurs milieux, leurs âges, leurs caractères sont tellement diversifiés que chaque lecteur peut facilement s’identifier à l’une ou l’autre de ces personnes. On s’y attache, on partage leurs blessures, leurs envies et on a surtout peur pour eux. Cette galerie de portraits est d’une rare précision.

               Sous forme de roman à suspens, ce livre est également le point de départ d’une réflexion plus personnelle sur la direction qu’on donne à sa vie. Celle-ci est parfois trop préparée, organisée, laissant peu de place au hasard. On se retrouve alors dans une existence qui ne nous ressemble pas.

De toute façon, les plans élaborés ne verront jamais le jour si le destin en a décidé autrement… alors, profitons !     

Paris-Briançon, Philippe BESSON, Editions Julliard, 2022, 208 pages.

Frédéric VOLON

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